Écosse – de Dornie à Stirling

La fin de notre voyage, sans être catastrophique, n’a pas été à la hauteur de nos attentes. Il faut dire qu’après avoir découvert les régions les plus reculées d’Écosse, le retour à la ville et à des endroits plus touristiques nous a fait revenir un peu trop vite à la réalité. Les sites que nous avons visités étaient pourtant agréables, et les rencontres que nous avons faites pleines d’enrichissements, mais la fatigue s’étant accumulée, et la magie des jours passés nous manquant déjà, nous avons vécu les derniers instants de notre séjour à moitié présents, la tête ailleurs, les pensées perdues dans les contrées de l’île de Skye ou de la côte ouest. De retour de notre excursion insulaire, nous nous offrons une nuit à Dornie, en face du plus célèbre château d’Écosse, le Eilean Donan Castle. Plus petit et situé dans un endroit moins champêtre que prévu, cet édifice est seulement joli au crépuscule, quand le soleil éclaire ses façades et les collines environnantes.

  

Le lendemain, rassasiés par un délicieux petit déjeuner écossais, nous prenons la route pour nous rendre au sud de Fort William. Pour nous, pas d’escapade du côté de Glenfinnan, pas de train d’Harry Potter et pas de Ben Nevis non plus, l’ascension et la descente durant pas moins de huit heures ! Les sommets du point culminant des îles britanniques sont pourtant enneigés, et il n’y aucun doute sur le fait que la randonnée aurait été forte en émotions. Mais notre prochain point de chute est bien trop éloigné pour que nous nous lancions dans cette aventure. Nous nous rabattons alors sur le Glen Nevis, collines verdoyantes et arborées. Les chemins de randonnée sont très mal indiqués, si mal que nous finissons par nous perdre et, après avoir croisé de charmants moutons et une vipère un peu moins charmante, nous revenons sur nos pas sans réellement apprécier les paysages qui nous entourent.

  

Un peu déçus par notre journée, nous descendons encore plus vers le sud, jusqu’à arriver sur la mythique route de Glencoe, connue pour son fameux massacre et pour avoir servi de décor au James Bond Skyfall. Les touristes sont nombreux à s’arrêter sur les places prévues à cet effet, à se prendre en photo tels Daniel Craig et Judi Dench et à admirer le charme lugubre et désolé de ce site particulièrement inquiétant, presque glaçant. Peu effrayés par l’aspect sinistre et l’histoire sanglante de Glencoe, certains randonneurs ont même planté leur tente au centre de ces collines ténébreuses, histoire de se procurer une bonne dose de frissons, le temps d’une nuit. Quant à nous, peu rassurés par ces pics qui nous encerclent littéralement, dont la brume renforce le côté morne et mélancolique, nous poursuivons notre route, et pénétrons dans le parc national des Trossachs.

  

Après une nuit dans la petite et mignonne ville de Killin, où coulent les impressionnantes Falls of Dochart, nous partons sur les rives du Loch Katrine, pour une excursion en bateau à bord du Sir Walter Scott – ainsi nommé d’après le célèbre poète, qui fait la fierté des Écossais – puis une randonnée en vélo sur la côte nord du loch. Si la première attraction touristique attire surtout des Écossais du troisième âge, ravis par cette calme balade au fil de l’eau, la seconde réunit plutôt les familles nombreuses et les colonies de vacances. Dans les deux cas, les vues sur le loch sont certes jolies, le soleil se reflète dans l’eau azur, mais le grand concurrent du Loch Lomond – un loch surestimé selon l’un de nos hôtes – ne nous offre rien de bien transcendant. Cette escapade sur les bords de ce loch un peu trop lisse nous aura appris qu’en Écosse, les lochs les plus réputés ne sont pas forcément les plus beaux, en témoignent les sublimes et très peu connus Loch Morlich, Loch Gairloch et Loch Maree.

 

L’après-midi, nous nous dirigeons vers l’est du parc, dans les environs de Callander. Le cadran de la voiture affiche 21 degrés, une canicule pour un climat aussi doux que celui de l’Écosse. Nous quittons donc nos petites laines et partons affronter cette conception toute écossaise de la chaleur. Après un parcours simple d’un vert presque fluorescent, nous arrivons au pont surmontant les Bracklinn Falls. Cette cascade, l’une des plus spectaculaires du pays, impressionne par son étendue, son débit mais aussi son cadre rocheux, ses arbres mousseux où flânent parfois quelques écureuils roux, et la nature foisonnante dans laquelle elle nous invite, au doux son des chutes de ses eaux cristallines. Après ce détour apaisant, nous nous dirigeons, le cœur serré, vers la dernière chambre d’hôte de notre voyage.

  

La ville de Doune marque la dernière étape de notre voyage, mais aussi notre retour définitif à l’urbanité. Les décors majestueux isolés et déserts sont déjà loin, et nous sommes nostalgiques à l’idée de quitter le pays le jour suivant. Fort heureusement, notre hôte nous tient compagnie pour la soirée, et, avec une verve et une volubilité déconcertantes, nous parle d’écologie, de politique et du mode de vie des Écossais. De l’autre côté de la Manche aussi, les conflits internationaux inquiètent, le racisme indigne, le réchauffement climatique manque de solutions et l’argent ne coule pas à flots, car le niveau de vie est plutôt élevé pour des salaires qui ne le sont pas. Après cette discussion riche en enseignements sur le quotidien de nos voisins européens, nous quittons Doune pour faire un dernier détour au Wallace Monument, dans la ville de Stirling, puis rejoignons l’aéroport d’Édimbourg pour quitter le sol écossais et ses richesses inespérées.

  

Après dix jours de voyage intensif, fait d’excursions sur des monts enneigés, des lochs majestueux, des prairies féeriques, des falaises avec vue sur l’océan et des landes au bout du monde, autant dire que notre retour en France a été un choc. Retrouver les autoroutes soporifiques, la chaleur étouffante et la mauvaise humeur propres à l’Hexagone nous a donné envie, à peine le pied posé sur l’asphalte de notre chère patrie, de repartir apprécier les joies de l’Écosse, la gentillesse de ses habitants, la splendeur de ses paysages, la bizarrerie de ses mets culinaires, la rudesse de ses hivers et surtout ce sentiment, trop rare pour ne pas être souligné, de se sentir bel et bien chez soi.


La fin d’un voyage est toujours le début d’une aventure.

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7 réflexions sur “Écosse – de Dornie à Stirling

  1. Un bel article plein d’émotions, qui donne envie de repartir en Ecosse ! Je comprends très bien ce sentiment de se sentir chez soi hors de chez soi, et je l’avais également ressenti là-bas.
    Quant à la conception écossaise de la chaleur, c’est pareil en Irlande alors je connais bien aussi ! 🙂

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    1. Cette conception nous a parfaitement convenu, nous n’aimons ni l’un ni l’autre la chaleur et la canicule qu’il peut y avoir en France ! Quand on sait qu’il fait aux alentours des 18 degrés en ce moment de l’autre côté de la Manche, ça fait rêver ! L’Irlande nous fait très envie aussi, nous espérons y aller un jour… 🙂

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  2. Excellent reportage qui détaille fort bien les différents paysages de l’Ecosse et met en valeur les lieux qui valent la peine d’être visités.
    Vous apportez un regard critique au sujet des monts, de certains lochs mais mettez en valeur d’autres lieux moins connus.
    Voilà un pays que je rêve de découvrir de par mes racines bretonnes. J’ai visité l’Irlande et ce fut le coup de coeur : je m’y sentais comme chez moi. Sans doute en serait-il de même avec l’Ecosse, cet autre pays celte ?

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  3. Merci pour votre commentaire ! Notre prochaine destination sera très certainement l’Irlande, ce pays nous attire particulièrement depuis notre voyage en Écosse. Nous ne saurons que trop vous conseiller de partir à la découverte de l’Écosse, lieu aux paysages inoubliables et à l’ambiance familière…

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